jeudi 18 février 2010

VIII. The Real Ones

Depuis Bergen, où je passe une semaine à m'enterrer dans les bibliothèques et diverses archives de la ville, je repense soudainement à mon entreprise de narration musicale du folk norvégien.


Alors que Bergen, ville où il pleut 250 jours par an, est recouverte de neige et de glace, il me vient à l'idée de vous parler des Real Ones. Il se trouve que je vais avoir la chance, samedi soir, de m'extirper de mes piles de livres pour aller les écouter en concert au Kvarteret, qui vient d'ouvrir de nouveau ses portes, après 3 ans de travaux.

Real Ones - Every dog has its day

Aux premières notes, on a envie de plonger au coeur de ce folk coloré et chatoyant. On pourrait presque sentir le soleil du Mississippi au son du banjo qui crépite, les épices de l'Inde réveillées par les Sitars qui soupirent et la poussière du midwest américain en entendant claquer la guitare sèche... Et pourtant, ils sont bien de Bergen, de cette ville où l'on court (parfois) après la lumière.

Ce quintet s'est formé en 1994 autour de Ivar VogtJørgen SandvikKåre Opheim,Øystein Skjælaaen et David Vogt. Ils ont sorti ensemble 5 albums, dont les très récents All for the Neighbourhood en 2008 dont sont issues ces deux vidéos enjouées, et le psychédélique et lancinant Ekko en 2009.

Real Ones - Lonesome town

En guettant bien les images, on peut apercevoir ça et là Bergen et quelques une de ses rues. Tout en continuant à les écouter sur leur site ou ailleurs, je vous propose de découvrir Bergen de nuit et sous la neige :

Musée du design

vendredi 25 décembre 2009

VII. Ane Brun, Anna Ternheim et Nina Kinert

Amoureux du folk, amoureux des femmes, amoureux de la Scandinavie, cet article est fait pour vous.

Il y a deux ans, je découvrais Ane Brun, au détour de son album de reprise en duos Duets. L'année dernière, Anna Ternheim venait rejoindre mon petit univers folk scandinave, grâce au fantastique article de la Blogothèque. Il y a quelques jours, Last fm me recommandait l'écoute de Nina Kinert, une expérience dont je sorti bouleversé.

Le trio venait de prendre sa cohérence devant mes oreilles, et il me semblait impossible de ne pas vous les présenter :

Beaucoup de journalistes pressés se laissent berner et considèrent qu'Ane Brun est suédoise, alors qu'elle est norvégienne. C'est bien dommage, mais cela n'a que peu d'importance.

Ane Brun est la grâce incarnée. Dès qu'une guitare échoit dans ses mains, elle fait danser les cordes sous ses doigts et remplit l'espace de sa voix délicate et puissante. Les textes sont d'une poésie à tomber par terre, et pour qui tend l'oreille, plein de clin d'oeils.


Ane Brun - Changing of the seaons

Dans cette chanson où elle parle de la délivrance que représente le printemps, le côté assourdissant de l'été, elle conclut qu'elle est "maybe I'm too scandinavian" dans son rapport aux saisons. Pour qui n'a pas vécu en scandinavie, il est très dur d'imaginer ce que peut représenter l'arrivée des beaux jours et du soleil. Un jour, je buvais une bière en terrasse à déguster les premiers rayons de soleil du mois d'avril, lorsque mon amie m'interrompit pour me dire qu'elle s'en allait. Lui demandant pourquoi, elle me répondit qu'il lui fallait aller dans un autre bar où la terrasse était encore exposée au soleil, parce celle où nous étions ne l'était plus.


Ane Brun - The puzzle

Ane Brun a sorti plusieurs albums, dont un très remarqué Duets (2005), dont je parlais plus haut, qui est un album de duos avec de grands chanteurs folks ou autres, qu'ils soient norvégiens (Madrugada) ou autres (Syd Barret). Elle s'est fait remarquée par A temporary dive en 2005 et Changing of the seasons en 2008 est la consécration.





Anna Ternheim quant à elle est bien suédoise. Sa musique est un peu plus sombre, profonde et tragique que celle d'Ane Brun, mais tout autant poétique et mélancolique.

On entend les doigts claquer et pincer les cordes de sa guitare sèche sur sa reprise de Fly me to the moon, dans une version crépusculaire et lancinante.










Anna Ternheim - Fly me to the moon

Pour ceux qui ne connaissent pas les Chansons à emporter de la Blogothèque, le concept est simple. Il s'agît de motiver des artistes (souvent de passage à Paris pour une tournée) pour prendre leurs guitares, leurs instruments non amplifiés et aller jouer dans la rue ou autres lieux improbables. Cela peut provoquer des rencontres amusantes, des situations burlesques, et souvent des moments de poésie fabuleux. Parfois, les artistes n'ont pas le temps de bouger, et restent où ils sont, comme ici :




Anna Ternheim a sorti plusieurs albums, dont le dernier fut acclamé par la critique, Leaving on a monday, en 2008.



Nina Kinert est la dernière venue de l'histoire. D'elle je sais moins de choses, si ce n'est qu'elle est jeune (26 ans), et qu'elle est super douée.

Une voix encore une fois fantastique, qui laisse de profondes empreintes folk, assortie de textes puissants et pas toujours très remonte moral.

Son troisième album, Pets and Friends, sorti en 2008, est une petit bombe d'envoûtement. Je le recommande à tous, il tourne en boucle dans mon mp3 depuis une semaine :


Nina Kinert - I shot my man

Voilà ma petite présentation de ces trois femmes fantastiques du folk scandinave finie. Il ne vous reste plus qu'à vous saisir de leurs chansons, de leurs univers, et de leur beauté.

A bientôt, et pour finir, une petite pépite où Ane Brun et la timide Nina Kinert chantent Song 6 et où vous entendez quelques petits mots de norvégienosuédois :

SPLIT12.1 - Ane Brun - Song n°6


Ne pas oublier : ANE BRUN en concert à L'Epicerie Moderne, à Lyon, le 22 mars !!

dimanche 13 décembre 2009

VI. Odd Nordstoga

Voici enfin cet article qui me permet de m'étendre plus longuement sur un artiste qui recadre un peu plus ce panorama de la musique norvégienne. Il chante en norvégien, et il fait du folk. Alors avec ça, si vous êtes pas contents....


Odd Nordstoga - Heim te mor

Il est jeune, il est beau (?), il plaît aux vieux des maisons de retraite qui aiment les chansons folk en norvégien, il plaît aux nouvelles générations qui sont ancrés dans cet héritage folk, mais qui aiment les textes poétiques, humoristiques et délicats.



Odd Nordstoga, c'est la personnification d'une Norvège qui se cherche un héritage musical, une filiation, et qui ne peut nier les influences musicales d'internet, de la musique du reste de l'Europe, et de la pop music.


Odd Nordstoga - Heim te mor (live)

Dans ce live, au tout début de sa carrière (à l'époque de la sortie de l'album Heim te mor, 2006), l'emblème du folklore norvégien, le hardingfele (violon), disparaît au profit du banjo et d'autres instruments un peu plus exotiques (qui a dit que le tuba n'est pas exotique?). On retrouve l'esprit du folklore (les bases des musiques folkloriques européennes sont assez similaires, et fonctionnent selon les mêmes procédés), mais teinté de bonne vielle country du bon vieux Bill, le cousin norvégien émigré aux States.

Trêve de plaisanteries sérieuses, passons aux autres chansons de l'album Heim te mor, sorti en 2006 comme dit plus haut. Allez, prenons par exemple Femten songar på ein gong :


Odd Nordstoga - Femten songar på ein gong

Vous me direz tout de suite, experts du norvégien que vous êtes : mais il chante en dialecte, d'ailleurs proche du nynorsk ! Et oui, vous avez l'ouïe fine et l'oreille aux aguets. Apprendre le norvégien c'est bien, le parler, pourquoi pas, mais le comprendre, c'est toute une histoire.

Imaginez vous : vous êtes à Bergen (à l'extrême ouest de la Norvège) où l'accent est très marqué par des mots aux sonorités fortes en "a" et "r" proches du Nynorsk, et à l'université, on vous apprend le Bokmål d'Oslo (à l'extrême est de la Norvège) où les mots sont plus fluides, les syllabes plus mouillées. Et vous dans tout ça, vous essayez de vous débrouiller alors que l'on vous enseigne un dialecte opposé avec la réalité du lieu. D'autant plus, que dans une ville universitaire comme Bergen, les étudiants viennent de tout le pays et qu'ils ont chacun leur dialecte.

En fait, la langue dans ce pays, c'est comme des poupées russes. Vous avez deux langues écrites et orales pour un pays, avec des traditions linguistiques ancrées géographiquement. Il semblerait que l'on parle plus la langue de l'élite, le Bokmål, à la capitale, alors que dans le pays, on parlerait plutôt le Nynorsk. Trop simple ! Chaque région, chaque "land" a son dialekt propre. Mais plus vous rétrécissez le champ d'observation, vous vous apercevez que dans chaque région, les villages et les communautés ont tous développés des dialekt propres, du fait de l'éloignement les uns des autres et de l'isolement.

Pour vous en rendre compte, des chercheurs ont fait enregistrer le MÊME TEXTE à des habitants de différentes régions. Je vous laisse donc juger entre l'extrait enregistré à Bergen et celui enregistré à Oslo. La différence est sidérante, c'est pour ça qu'on ne parle pas de différence d'accent, mais de dialecte. Pour en écouter plus, rendez vous sur Nordavinden og sola (celui de Trondheim est collector, ainsi que la version russe, et un des plus limpides pour moi, celui des Lofoten).

Tout ce bla-bla pour dire, que oui, Odd Nordstoga chante en dialecte ! Et qu'il est pas facile à comprendre le bougre ! Bon, décidément, pas d'enregistrements sur Deezer, presque rien sur You Tube de valable. Si vous avez Spotify, on trouve des choses, mais un peu vieilles ici (et faut avoir le logiciel).




Donc, j'en resterai là pour mon hommage vibrant à Odd Nordstoga, qui m'a égaré un peu sur des considérations linguistiques. En Norvège, il est extrêmement apprécié, et ses deux albums (cliquer pour écouter), Heim te Mor (2006) et Pilegrim (2008) ont été des succès énormes, après dix années de tentatives plus ou moins heureuses pour trouver sa place entre folk et pop.

samedi 12 décembre 2009

V. Madcon

En passant dans la rue cet après midi, j'ai vu un groupe de breakdancers bouger leur corps sur une chanson que vous connaissez sûrement :





La chanson Beggin ne nous vient pas des States, d'Angleterre, de France mais de Norvège, avec le groupe Madcon. C'est une reprise du morceau Beggin de Frankie Villa and The Four seasons, qui ont sorti la chanson en 1967, dont voici une version remixée par Pilooski en 2009 (sortie quelques semaines avant la version de Madcon).






Tshawe Baqwa (Kapricon) et Yossef Wolde-Mariam (Critical) ont grandi à Oslo, d'origines sud-africaines, erythréennes, et éthiopiennes (des pays de tradition migratoire vers la Norvège). En 2008, ils sortent ce tube, issu de l'album The Dark Con of The Man.


Cet album est une bombe de flow, de groove et de rythme. J'ai écouté cet album un nombre incalculable de fois, en essayant de ne pas m'arrêter au tube introductif Beggin. Cet album est une pépite qui regorge de tubes en puissance, comme Liar :



Le beat fait bien kiffer, le flow aussi, bref, ça défonce. Ca donne envie de sortir de son fauteuil et de move son body. Par contre, niveau clip, c'est pas des champions. La dérision autour du clip américain, c'est mignon, mais au final, ils en font un tout de même (y a peut être un peu plus de blondes toutefois).


D'ailleurs, j'entends d'ici la rumeur qui gronde (hum, hum, pas un chuchotement) : "t'es bien gentil Pierre avec tes groupes norvégiens, mais y en a pas un qui chante en norvégien !". Patience, patience, aies confiance, cela va venir. D'ici là, un petit passage de l'album (que l'on peut écouter ici), est en norvégien, à toi de le trouver.


Tonalités un peu ragga, des morceaux plus R'n'B, mais toujours un tempo qui s'affole, qui prend aux tripes. 




Bon là, j'admets, on est bien loin du folk...